• Gilles

Semaines 54 et 55 : de Sainte Catherine de la Jacques Cartier à Nantes… la Fin

Mis à jour : 14 sept. 2019

Lundi 22 juillet 2019, nous sommes chez François et Isabelle avec qui nous passons la journée. Nous partons tous les 7 pour une promenade à vélo le long de la rivière Jacques Cartier. Nous pique-niquons à une quinzaine de km sur les cailloux le long de la rivière, sur un spot digne d’une publicité pour les saucisses Herta, mais avec une nourriture plus saine. Rigolade, fabrication de bateaux à destination des rapides, sieste : tel est le programme de l’après midi.

Nous rentrons pour une dernière soirée ensemble pleine d’échanges où nous continuons à nous découvrir. C’est une rencontre émouvante, touchante, profonde comme beaucoup l’ont été, une de celles qui touche au coeur, qui réconcilie avec l’humain si tant est qu’il y en ai besoin, une qui inspire et qui amène son complément de réponses ou de pistes aux grandes questions que l’on se pose et qui attise la passion : ce sentiment qui fait se joindre l’amour et la découverte, si vital, que je ne me lasse pas de ressentir depuis le début de cette aventure.


Mardi, nous quittons Isabelle et François avec une belle émotion contagieuse et sincère et reprenons la route pour une série d’étapes qui nous mèneront à Montréal. Nous rejoignons la rive nord du fleuve Saint Laurent et roulons jusqu’au moulin de Grondines où nous dénichons un petit parc qui paraît parfait pour planter nos tentes. Le spot étant encadré par plusieurs habitations, nous allons toquer chez la voisine la plus proche afin de s’assurer que ça ne gêne pas si nous nous installons. Bien sûr, elle nous y encourage et nous propose un ravitaillement en eau avec un grand sourire. Nous mettons le camp en place au crépuscule, pour notre dernier bivouac sauvage, profitant d’un ciel rougeoyant agrémenté d’un arc en ciel de l’autre côté du Saint Laurent.


Mercredi, après une bonne nuit et sous le soleil, nous prenons notre petit déjeuner au calme dans le parc. Nous nous dirigeons ensuite vers Trois-Rivières. Lors d’une pause sur une halte routière, nous rencontrons Dave qui traverse le Canada sur un Monocycle : 6000km et 15 chutes depuis son départ de l’île Victoria. C’est impressionnant, la roue est immense et pour démarrer il doit littéralement sauter sur ses pédales ! Incroyable… Il nous explique qu’ils sont une petite dizaine dans le monde à voyager comme ça : tu m’étonnes ! Nous essuyons deux crevaisons dans la journée : la fameuse loi des séries ! En fin d’après midi, nous rejoignons l’île de Saint Quentin à Trois rivières où nous passerons la fin d'après midi et la nuit.


Jeudi, nous prenons notre temps et partons en fin de matinée. A 15km, à peine sortis de Trois-Rivière, nous nous arrêtons déjeuner dans un parc. Léna n’est pas trop dans son assiette aujourd’hui, et nous restons longtemps posés, jusqu’à 16h. Maxime en profite pour se baigner et les autres pour lire. Nous repartons ensuite pour une quarantaine de kilomètres jusqu’à Louiseville où nous décidons d’aller souper dans un restaurant familial avant de chercher un bivouac.

Nous demandons à la serveuse si elle connaît un endroit où nous pourrions monter notre camp. Elle nous conseille gentiment d’aller demander au motel le plus proche si nous pourrions planter nos tentes sur leur terrain. Nos voisins de table entendent la conversation et nous proposent gentiment de nous installer dans leur jardin à 500m de là. Gisèle et Henri seront nos derniers hôtes « improvisés » de l’aventure. A l’image de tous ces gens généreux qui nous ont hébergés depuis le départ : pleins de petites attention, désireux d’accueillir et de partager.


Vendredi, après une nuit parfaite sur un gazon idéal tant en densité qu’en longueur de taille (nous devenons experts…), nous prenons un café, un thé, un jus de fruit et des fruits frais avec nos hôtes en faisant plus ample connaissance. Avant que nous partions, Henri nous donne une bouteille de sirop d’érable de sa propre production : un délice ! Après une dizaine de km, nous nous arrêtons prendre un « gros » petit déjeuner dans un bistrot dont nos hôtes nous ont dit le plus grand bien.

Nous visons aujourd’hui un camping à Saint Sulpice pour notre dernière nuit en tente. Mais avant d’y arriver, nous nous rafraichissons à la piscine. Ici, au Québec, les piscines municipales sont gratuites et en accès libre mais peu fréquentées, et compte tenu de la chaleur, c’est une aubaine pour nous ! Nous nous installons ensuite au camping, au bord du Saint Laurent. Avant de passer notre dernière nuit en tente, nous mangeons une dernière fois des pâtes cuites au réchaud et profitons d’un dernier feu de bois !


Samedi matin, je me lève à 5h du matin alors que le camping dort encore, pour profiter d’un dernier lever de soleil dans le seul bruissement de la nature qui s’éveille, en buvant un "café d'aventurier" (soit un café vraiment pas terrible en fait...)

C’est une émotion intense qui s’empare de moi à cet instant. Je suis serré dans l’étau multiple de la nostalgie de la fin d’aventure, la beauté de cette nature que j’ai redécouverte et dans laquelle je me suis reconnu comme jamais, la force de cet amour qui nous unit et qui a mûri avec nous, la plénitude introspective, et la perpective d’une nouvelle aventure à venir symbolisée par le soleil rougeoyant qui se lève sur le Saint Laurent encore pour briller et jouer son rôle simple et efficace de pourvoyeur de vie…

L’étape du jour nous mènera à Montréal où nous passerons à nouveau quelques jours avant de décoller pour Nantes. Nous profitons à fond de ce dernier « ride » rural avant d’emprunter les pistes cyclables du nord de Montréal. Nous passons une fin d’après midi au calme dans la maison que nous prête gentiment André, le cousin de François, tout aussi généreux et inspirant.


Dimanche, la matinée est consacrée à anticiper les formalités liées au vol du retour, mettre à jour le blog avec le dernier article de Léna, jouer aux kaplas en concourant à construire le pont le plus résistant possible avec quelques contraintes dimensionnelles imposées.

L’après-midi nous allons dans le quartier des spectacles pour le dernier jour du festival « Juste pour rire ». Nous y passons une super après midi, les Canadiens sont vraiment hyper bons en matière de spectacles. Nous nous régalons dans un show de chimie mené par l’excellent Yannick Bergeron qui nous fait rire à gorge déployée tout en expérimentant avec passion quelques réactions chimiques spectaculaires. Ensuite nous sommes conquis par les « Bleu Jeans Bleu », un groupe Québécois avec une énergie et une intelligence musicale incroyable et un humour au 3è degré qui en fait le groupe dans lequel j’aurais rêvé de jouer ! Nous observons ensuite, intrigués, un spectacle d’hypnose sur la grande scène, puis nous assistons enfin à un concours de stand-up assurés par de jeunes humoristes (13-18 ans).


Lundi 29 juillet, nous filons au Mont Royal à la recherche d’un message qui nous est destiné, caché par notre ami nantais Loïc lors de son passage au mois de septembre de l’année dernière. Il nous a transmis les coordonnées GPS et une photo de l’endroit. Avec ces indications nous trouvons une mignonnette contenant une lettre sous une pierre entre 2 arbres. Le message est super, avec un goût de "retour vers le futur », Loïc se projetant un an plus tard, c’est à dire maintenant, lorsqu’il a écrit le mot. Et il vise juste, imaginant les sentiments contrastés que nous vivons à 2 jours de la fin de l’aventure.


Nous rejoignons ensuite le centre ville par les escaliers avant de filer en direction du parc Olympique construit en des temps records à l’occasion de JO de 1976. Après avoir traversé le parc, nous décidons d’aller nous faire un cinéma et regarder « le roi lion ». Un film qui tombe à pic pour nous : la vie est elle une ronde infinie ou une ligne droite ???



Mardi, nous filons en centre ville pour déjeuner. Léna va voir l’exposition consacrée au grand couturier et styliste Thierry Mugler au musée des beaux arts pendant que nous nous promenons avec les enfants et que nous passons par les mains des coiffeurs du quartier.


Mercredi, c’est le grand jour. Après avoir rangé la maison nous chargeons les vélos pour une vingtaine de kilomètres qui nous mèneront à l’aéroport. Nous savourons pour ces dernières heures la complicité de notre fine équipe en vase clos et dans un contexte d’aventure. Entre sourires et presque larmes on se comprend tous les 5, sans trop en dire, encore ce sentiment de nostalgie mêlé à celui de la reconnaissance pour ces moments heureux.


L’avion décolle à minuit heure locale. 6 heures plus tard, jeudi, nous arrivons à Nantes avec un plus ou moins gros manque de sommeil. Après avoir récupéré nos vélos et nos bagages nous retrouvons parents / grand-parents et amis qui sont venus nous accueillir chaleureusement, chacun plein d’attention. Dans la bonne humeur et la joie des retrouvailles, nous préparons les vélos sur le parvis, réparons une dernière crevaison (si si !) et nous partons sous bonne escorte pour notre dernière étape d’une dizaine de km qui nous ramène à la maison : la boucle est bouclée ! Ça y est… La journée continue chez nous dans la chaleur des retrouvailles, autour d’un buffet préparé par notre incroyable cousin Olivier et par nos parents (Merci ! Merci !). Les amis qui sont là se relaient jusqu’au soir.




Nous nous couchons fatigués mais heureux de ce que nous avons vécu, rassurés et portés par la bienveillance de ceux qui étaient là, par les multiples attentions reçues au travers de messages de ceux qui ne pouvaient être là, et par tous ceux qui nous ont soutenus d’une façon ou d’une autre pendant ce voyage. Encore mille mercis pour tout ça !


Pour moi, cette aventure aura été avant tout sous le signe de la rencontre :

  • Les rencontres incroyables et inspirantes tout au long du voyage : la rencontre avec l’humanité.

  • Les rencontres à distance, inattendues, avec des relations fortes qui se sont créées dans le partage d’expériences et dans la correspondance régulière.

  • La rencontre avec les cultures et les référentiels différents et pas moins "riches" ni moins "vrais" que ceux dans lesquels nous avons grandi.

  • La rencontre avec notre univers, son immensité, la beauté de la nature.

  • La rencontre avec nous même, en tant que famille et individus.

La dimension philosophique de ce voyage que j'espérais pour moi initiatique a été prédominante et sans rentrer dans les détails, elle pousse vers des directions et des choix de vie différents. Léna sera là comme elle l’est toujours pour équilibrer ces choix, avec sa sagesse et sa capacité instinctive à vivre le moment comme il se présente.

Equilibre vs Absolutisme, Vision Locale vs Vision Globale, Petits pas vs Cap, Intuition vs Rationalisation, Contemplation vs Action, Participation vs Compétition... Voilà aussi ce que j’ai compris à l’échelle du couple : nos différences sont nos compléments et nous tirent vers le haut si on les aime et les vit comme une opportunité. En élargissant cette règle à la famille, nous avons une équipe de choc et je suis heureux d’en faire partie !


Bon, on ne va pas trop se prendre au sérieux quand même hein ! Un blog qui ne se termine pas par une "vraie" citation n’est pas un bon blog : on va même en mettre deux…


Tout d’abord, juste parce que je la trouve belle et que c’est un bel axe de travail par les temps qui courent :

« Mieux vaut parfois aimer les autres que de leur dire notre vérité. Il y a quelque chose de supérieur à la vérité : c’est l’amour » - Jean d’Ormesson - « Guide des égarés » (merci Tom !)


Et enfin, parce qu’elle est beaucoup plus profonde qu’elle en a l’air et que finir avec ce grand philosophe c’est vraiment la classe internationale :

« Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien…» - Jean Claude Vandamme

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