• Gilles

Semaine 50 : de Scarborough à Kingston

Mis à jour : 5 juil. 2019


Coucher de soleil sur Kingston

Lundi 24 juin 2019, le réveil est tardif. Il a encore plu fort cette nuit, et Léna a vaillamment refroidi les velléités d'un raton laveur qui tentait de "chipper nos cookies" (désolé pour cette sonorité de mots particulièrement désagréable). L'étanchéité de nos tentes devient imparfaite après un an d'usage assez intensif mais finalement nous nous en accommodons. Pour ma part, je me réveille avec une migraine carabinée qui vient sûrement surligner mes quasi 3 nuits blanches de la semaine passée (les bus pas conçus pour les "grands" et le bivouac en milieu urbain un peu animé).

La journée sera donc une succession de siestes, de jeux, de travail et de petites marches dans le parc de Glen Rouge. L'anecdote du jour n'est pas des plus réjouissantes : nous nous faisons voler notre matériel de recharge. Un adaptateur, un hub USB et nos deux batteries portables que nous avions mis à recharger dans les toilettes des femmes (pensant que ce serait plus safe) sur lesquelles nous avions la vue depuis notre camp : envolés. Ce n'est que du matériel, mais ça ne nous empêche pas de regretter le manque d'implication et de mobilisation du staff du camping après cette mystérieuse disparition... Désormais nous serons plus vigilants : j'équipe mon téléphone d'une alarme antivol (une petite appli très efficace) et je le mets systématiquement à charger avec les autres équipements. Au moindre mouvement qu'il subit, il se met à sonner à tue-tête.


Mardi, nous quittons le camping vers 10h00 et rejoignons le Waterfront Trail pour une étape dont nous n'avons pas défini de point d'arrivée, comme bien souvent maintenant. Nous retrouvons le calme de la nature, l'effet bondé du week-end s'étant largement estompé et l'éloignement progressif de Toronto aidant.

Nous nous lançons le défi de ne parler à personne aujourd'hui : ce n'est pas hyper ouvert, mais c'est pour le jeu. Défi rapidement perdu une première fois en fin de matinée dans le très sympathique village d'Ajax où nous nous faisons aborder par un homme, puis ensuite à deux reprises à Oshawa où les gens viennent si souriants nous aborder que nous ne pouvons résister à leur renvoyer leur bonne humeur dans l'échange ! Et puis finalement, c'est tellement énergisant ces rapports de découvertes, profitons-en tant qu'il en est encore temps ! Certaines portions du Waterfront Trail sont sous l'eau, le niveau du lac Ontario étant particulièrement haut du fait des crues récentes. En fin d'après midi nous nous arrêtons dans un parc à Oshawa où nous décidons à l'unanimité de dîner et de nous laver avant d'aller chercher un bivouac. Après la salade grecque, nous reprenons notre route jusqu'à trouver un carré de pelouse parfaitement adapté pour planter le camp, au bord du trail, sur une portion fermée aux véhicules motorisés. La seule âme qui y vive est une tortue qui disparaîtra pendant la nuit. Les moustiques également viennent perturber le montage du camp. Ici comme partout depuis notre départ, les moustiques sont virulents. Paradoxalement, c'est en Asie que nous en avons le moins souffert.



Mercredi matin, la nuit a été calme, nous nous réveillons à l'aube et plions le camp rapidement par souci de discrétion comme toujours. Nous pédalons quelques kilomètres pour trouver un spot décent pour prendre le petit déjeuner. Nous trouvons un parc à 5km dans lequel il y a des tables, de l'eau et des toilettes : parfait pour démarrer la journée. Nous reprenons ensuite notre route sous un grand soleil, en suivant toujours le waterfront trail. Nous faisons une pause en milieu de matinée à Port Darlington où Maxime se rafraîchit dans les jeux d'eau du parc.



Nous déjeunons dans un parc où un groupe de randonneurs retraités vient nous interviewer. Reprenant la route, nous faisons ensuite connaissance avec Jérôme, Karina et leur chien qui entreprennent la traversée du Canada à vélo dans le sens inverse du notre. Nous arrivons ensuite à Port Hope où nous recevons une alerte météorologique de tempête. Effectivement le ciel s'obscurcit sacrément. Nous nous "réfugions" au Tim Hortons et laissons la tempête passer à quelques kilomètres de nous. Nous reprenons ensuite notre route jusqu'à Cobourg et sa "plage". Il y a un camping, cher du fait de l'emplacement en front de mer, et dans lequel s'entassent un maximum de caravanes et de camping cars. Nous votons encore à l'unanimité de privilégier le bivouac sans avoir d'idée précise où aller et malgré l'heure tardive. Léna et les filles profitent que les sanitaires des femmes du camping soient en cours de nettoyage et donc ouverts pour aller y prendre une douche. Maxime et moi allons nous laver dans une espèce de grande fontaine publique d'eau froide. Nous dînons ensuite dans un petit fast food local pour s'éviter de cuisiner et optimiser notre temps de recherche de bivouac. Avant de partir, Célia s'aperçoit qu'elle a oublié son gant de toilette dans les douches du camping. Léna y va, usant d'aplomb pour récupérer des clés lui donnant accès aux douches. Pendant que nous l'attendons, nous sommes abordés par deux hommes, John et Wayne, qui dînent avec leurs compagnes dans un restaurant proche et qui nous ont vu passer. Interloqués, ils viennent s'enquérir de nos plans pour le soir et finalement, John nous propose de camper sur son terrain à 9 km de là. Encore une belle surprise permise par notre absence de planification ! Nous nous y rendons, établissons notre camp et sommes rejoints par John et Barbara qui nous accueillent et par Brenda et Wayne leurs amis. Après avoir fait un peu plus connaissance, Brenda et Wayne rentrent chez eux et nous proposent de passer les voir le lendemain au camping dans lequel ils ont leur caravane pour la saison estivale, sur notre route à 65km de là. Nous actons le rendez-vous ! Puis nous nous couchons pour une bonne nuit au calme.


Jeudi matin, nous nous levons à 6h30, Barbara et John sont déjà frais et dispos ! Ils nous ont préparé un petit déjeuner qu'ils ont établi dans leur camping car. C'est plus précisément un "camping bus" qui vient des Etats-Unis, qui mesure 12m de long et une fois élargi par une pression sur un simple bouton offre 50m² d'espace luxueux ! C'est un véritable appartement dont nous leur avions dit la veille que nous aimerions le visiter.


John nous montre également les travaux qu'il réalise pour remettre en état une toute petite caravane de collection : sacré boulot ! Nous prenons ensuite la route pour notre étape de 65km vers Consecon sur la péninsule du Prince Edouard. Nous déjeunons à Brighton, au bord du canal et du pont tournant. Nous arrivons assez tôt au camping où séjournent Brenda et Wayne. Le gérant nous accueille chaleureusement, prévenu de notre venue par Brenda et Wayne qui ont d'ores et déjà réglé les frais de camping pour nous ! Nous montons notre camp et allons nous baigner dans le lac Ontario : l'eau est parfaitement rafraichissante en cette chaude journée.

Brenda et Wayne arrivent au camping en fin d'après midi, et après les avoir chaleureusement remerciés pour leur invitation nous convenons de passer la soirée ensemble autour d'un feu de camp et d'une bonne bouteille de vin. Nous mettons les enfants au lit après le dîner, puis refaisons le monde avec Brenda et Wayne comme prévu. C'est une excellente soirée qui nous permet une fois encore d'avoir accès à un nouveau témoignage de vie : c'est top !


Vendredi, nous démarrons la journée avec Maxime par une baignade dans le lac avant de plier le camp et quitter nos nouveaux amis, Wayne et Brenda.

Nous rejoignons au centre de Consecon, nos amis Toulousains les "Biquets". Gilles, Marie, Téo et Noa passent 3 semaines dans la région et alors qu'ils descendent depuis le Quebec rendre visite à Tom et Jan, nous nous sommes donné rendez-vous pour un pique-nique. Après ce bon moment de partage qui se renouvellera certainement à Montréal dans quelques jours, chacun prend la route à sa façon en sens opposé.

Nous roulons jusqu'à Wellington à une vingtaine de km où nous trouvons un pub qui diffuse le quart de final de la coupe du monde de football féminin : France-USA. Nous passons un bon moment grâce au suspense, malgré la défaite. Puis nous reprenons la route jusqu'à Picton, chez Jocelyn et Ken, qui ont accepté notre sollicitation via warmshower. Chez eux, nous sommes gentiment logés dans la maison car de la pluie est annoncée. L'ambiance est un peu spéciale, disons que c'est un warmshower très fonctionnel. Ils nous avouent avoir accepté notre demande un peu par "pitié", car nous sommes une famille et que c'est le départ d'un week end de 3 jours où ils savent bien que tout est complet partout...Du coup, ça se ressent, et s'ils nous "accommodent" gentiment, ils évitent soigneusement les échanges. Nous pouvons utiliser leur cuisine et dormir sur des lits avec nos sacs de couchage, ce qui pour nous est très bien : une nouvelle expérience !


Samedi, Jocelyn quitte son domicile vers 8h, et Ken s'ouvre du coup un peu plus, ce qui nous permet d'avoir quelques échanges sympathiques avant notre départ sur les coups de 9h. Maxou essaiera même le vélo de course de Jocelyn. Après quelques kilomètres, Ken nous rattrape en voiture pour gentiment nous ramener un sac de barres de céréales que nous avons oublié chez eux...

Nous prenons ensuite le ferry, puis direction Kingston. Nous nous arrêtons déjeuner dans un parc au bord du Saint-Laurent où il y a des ballons en libre service pour que les badauds comme nous puissent se défouler. et c'est ce que nous faisons pour la plus grande joie de Maxime. Nous roulons ensuite jusqu'à Kingston, sans savoir où nous dormirons en ce week-end du Canada Day où tous les campings affichent complets. Nous arrivons dans un grand parc, le Ontario Lake Park où il y a des douches en libre accès. Après avoir réparé une crevaison de la roue avant de Maxou, nous prenons nos douches et cherchons un endroit pour bivouaquer. Il y a un rassemblement de gens venus pour une compétition canine (de chiens) d'agilité et nous voyons plusieurs camping cars parqués manifestement pour la nuit. Nous demandons à voir l'organisatrice à qui nous demandons simplement si c'est possible que nous nous joignions aux participants pour planter nos tentes. On lit dans ses yeux le plaisir que July, l'organisatrice, a de nous permettre de camper avec eux, c'est super ! Avant de monter le camp, nous dinons sous le pavillon du parc.

Nous recevons sur le téléphone une alerte à l'ouragan nous enjoignant de nous mettre à l'abri si le vent se met à forcir. Et c'est ce qui arrive assez subitement : nous mettons les vélos et leur chargement à l'abri dans les toilettes du parc et mangeons abrités derrière le mur du pavillon. Nous montons ensuite notre camp dans la zone de camping du concours canin et passons une bonne nuit dans une configuration exceptionnellement changée : les garçons dans une tente et les filles dans l'autre.


Dimanche matin, nous nous levons tranquillement : le concours canin a déjà démarré !

Un gentil Québecquois, habitué de ce genre de compétitions pour en avoir fait plus de 1000 avec son caniche royal (si si, ça ne s'invente pas !), nous prend par la main pour nous expliquer toutes les subtilités du concours, du repérage des parcours aux différentes épreuves et catégories. C'est très amusant et nous prenons notre petit déjeuner sur une table qui nous permet d'observer les chiens courir, sauter, ramper, slalomer avec une agilité impressionnante. Nous aurons même l'immense honneur de "flatter" (caresser en Québecquois) le fameux caniche royal, vétéran ayant de beaux restes !

L'étape du jour est plutôt tranquille puisqu'il s'agit de remonter à une petite vingtaine de km au nord de Kingston pour aller dans une famille warmshower qui nous accueillera pour la nuit. Nous décidons de passer un peu de temps à Kingston avant d'y aller. Nous passons une bonne heure au festival des arts qui regroupe nombre d'artistes et artisans qui vendent leurs oeuvres et réalisations. C'est vraiment très chouette et il y a beaucoup de talent et d'originalité dans les expositions qui se succèdent. Après avoir pique niqué dans un parc, nous passons une petite heure au Tim Hortons afin que Léna puisse bosser sur le blog, puis nous prenons la route vers la maison de Chris et Abi. Nous y sommes accueillis par toute la famille Abi, Chris et leurs 4 enfants. Le contact s'établit directement et très chaleureusement. Maxime part rapidement jouer avec les garçons au foot, à des jeux d'eau et ils profitent de la piscine pour se baigner : ça lui fait le plus grand bien de voir un peu des copains de son âge.

Pendant ce temps, Abi nous fait découvrir les poules, les ruches, les cochons, le potager ! C'est incroyable comme ces nouveaux amis nous font penser à Anne-Claire , Bertrand et leur famille que nous avions appris à connaître à Belfort : beaucoup de similitudes, il faudra qu'ils se rencontrent ceux là ! Nous passons une excellente soirée autour d'un dîner des produits de la maison qui se prolonge en discussions passionnées pendant que les 7 enfants font une partie de Cluedo endiablée. Nous allons nous coucher avec la perspective de participer à la visite des ruches le lendemain et celle de retrouver Florian et Salomé sur la route.


Une nouvelle semaine qui s'achève ainsi, pleine de belles rencontres. Nous n'aurons cette semaine passé qu'une nuit "payante"dans un camping, et c'est là que nous nous sommes fait voler des équipements... Ça fait quand même sacrément réfléchir non ? On imaginerait bien volontiers que la non-gratuité amènerait la sécurité. C'est dans la tête et dans nos croyances, mais un bivouac bien choisi est plus safe qu'un camping mal fréquenté (c'était la leçon sociologique du jour !).

Je redoutais le début de l'été et des vacances scolaires, et le fait que ce soit notre dernier mois de voyage, que je voyais comme un risque de passer du mode aventure au mode vacances classiques : force est de constater que ce n'était pas fondé. Continuons à vivre au jour le jour et nous continuerons à être surpris !


Gilles

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