• Gilles

Semaine 26 : De Lak Sao à Ban Hai (Laos)


Un peu plus de 5.000km en 6 mois. Il ne faut pas mollir si nous voulons tenir l'objectif des 10.000, mais nous sommes dans le rythme !

"

- (Gilles) 26 semaines, c'est la moitié de combien Maxou ?

- (Maxou)...

- (Gilles) Alors ?

- (Maxou)...

- (Gilles)???

- (Maxou)...

- (Gilles) Maxou, 26 semaines c'est la moitié de combien ?

- (Maxou) euh...52

- (Gilles) et 52 semaines c'est quoi ?

- (Maxou) euh...je peux jouer à Duolingo ?

- (Gilles) 52 semaines c'est quoi ?

- (Maxou) Ben 52 semaines...

- (Gilles)...

- (Léna) Attention aux mines anti-personnel !

- (Maëlle) Ça va maman, on est au marché là !"


Ce dialogue fictif, mais qui aurait tellement pu être vrai, illustre juste que nous arrivons à 6 mois de voyage. A ce moment de l'aventure le moral est bon, la santé est bonne, l'entente est bonne, et nous sommes bien, même hyper bien !

Au bout de 6 semaines, je disais que je ne me sentais pas en vacances : nous élargissions notre zone de confort en nous appropriant un nouveau mode de vie, en apprenant à aller un peu au delà de notre confort et de nos habitudes. Ben là, et depuis que nous sommes en Asie surtout, je me sens carrément en vacances...pourtant les contraintes sont les mêmes et qui plus est dans des pays de cultures, de langages et d'habitudes très différents des nôtres. Mais nous avons gagné en efficacité pour tout, chacun a pris sa place et sait en sortir pour pallier au coup de mou d'un autre, nous avons lâché prise sur la planification qui se fait désormais à 1 jour. Nous ne réservons aucun hébergement sauf dans les grandes villes. Trouver où dormir et manger en Asie, une fois qu'on a un peu expérimenté, est simple comme bonjour, coûte très peu et nous économise le temps de montage du camp et de cuisine. Et puis nous avons adapté notre rythme quotidien qui nous permet de nous poser, étudier, lire, jouer, penser : lever 5h30 - 6h00, vélo jusque 12h, déjeuner, sieste, travail, jeu / lecture / divers, dîner, au lit vers 20h30...

Après 6 mois, je suis vraiment content du choix que nous avons fait de partir à vélo : nous sommes autonomes dans nos déplacements, l'effort est une composante vraiment importante de ce que nous vivons et apprenons, et chaque étape permet de visiter, de s'imprégner et de découvrir la vie locale. Par exemple, la boucle de Thakhek que nous venons de terminer, n'aurait certainement pas eue la même saveur en camping car ou en scooter : certes nous n'avons pas visité toutes les grottes et toutes les "attractions" de la boucle, mais nous avons savouré, d'autant plus que parfois l'effort fut intense, des paysages envoutants, profitant à chaque instant des sons et des odeurs et des interactions multiples avec les habitants sur les bords des routes.


Confucius, philosophe asiatique, qui n'a jamais fait de vélo, ni même probablement gravi de montagne, se permettait néanmoins de dire :"Le bonheur n'est pas au sommet de la montagne mais dans la façon de la gravir". Nous avons gravi quelques petits cols parfois dans la douleur, et fort de cette expérience nouvelle je dirais plutôt : "Le bonheur au sommet de la montagne est d'autant plus intense que l'ascension fut difficile". Nous l'avons vécu plusieurs fois de façon très intense, et je crois bien que cette maxime peut s'appliquer à bien d'autres sujets.


Bref, revenons maintenant là où Léna nous a laissé la semaine dernière !


Lundi 7 janvier, nous quittons Lak Sao vers le village de Na Hin pour une grosse journée, toujours sur cette fameuse "Thakhek loop". Nous partons dans le brouillard (au sens propre), et il fait étonnamment frais, ce qui nous oblige à mettre nos vestes coupe-vent. Nous nous arrêtons pour explorer une grotte en bord de route à 20km : la Dragon Cave.

Jeux d'ombres dans la Dragon Cave

Equipés de nos lampes frontales, nous découvrons, seuls au monde, une vaste chambre de concrétions. Maxime, qui a un goût prononcé, hérité de sa maman, pour les minéraux, identifie rapidement des concrétions de calcite, et tout heureux de nous faire profiter de son savoir, nous ancre ce mot "calcite" en tête pour quelques années. Les enfants, qui avaient visité la grotte d'Osselle au début de notre périple, se plaisent à affirmer avec chauvinisme que "mouais, ça vaut pas la grotte d'Osselle en tout cas...". Ça valait bien le coup de se taper toutes ces bornes tiens ! Nous repartons de cette visite, rafraîchis, sous un ciel désormais dégagé.


Sur le chemin de la "Cool Pool"

15 km plus loin, est indiquée, moyennant un détour de 10km de notre route, la "Cool Pool". Comme son nom l'indique, c'est une piscine, cool et surtout naturelle à l'aplomb des montagnes "karstiques". Nous décidons de faire ces 10km, car il fait chaud, que nous avons envie de nous baigner, et qu'il semble y avoir de quoi se restaurer à la Cool Pool.

Le chemin pour accéder au site est simplement magnifique, d'un calme absolu dans un décor somptueux. Sortis d'un hameau de maisons de bambou, nous prenons 5 km de piste rouge déserte jusqu'à la fameuse piscine.

Le célèbre Salto de Célia au Laos dans la cool pool !

Après avoir englouti soupes de nouilles, riz frit et papaya salad au boui-boui jouxtant la piscine, nous profitons de la fraîcheur du petit lac, d'abord seuls au monde, puis ensuite rejoints par des "loopers" à moto de tous horizons. Parmi eux, Tristan, Nantais de Saint Félix (encore un voisin !). Il nous aborde, ayant entendu parlé de nous par Jean-Philippe que nous avions rencontré avant Lak Sao. Nous sympathisons, et comme l'énergumène est tombé à scooter la veille et n'a pas grand chose pour soigner ses plaies, nous vidons notre trousse à pharmacie, de toute façon bien trop lourde ! Nous quittons le site en début d'après-midi, sous un soleil de plomb. Nous souffrons un peu dans une bonne côte poussiéreuse de 5 km qui traverse la jungle, mais nous trouvons de l'énergie dans les encouragements des locaux et de quelques bagpackers qui nous doublent, mais également dans la musique : nous avons investi dans une contrefaçon d'enceinte bluetooth au marché de Paksé, dont la batterie tient 30 minutes, et que nous mettons en marche lorsqu'il y a une ascension raide uniquement ! C'est donc au rythme de U2 que nous grimpons, avant de redescendre à toute berzingue tout ce que nous avons monté depuis 4 jours en prenant garde à éviter les nids de poule incroyables dans lesquels les bus risquent en permanence de laisser leurs essieux. Sur les conseils de Jean-Philippe, nous nous rendons dans une guesthouse qui dispose d'un dortoir de 5 lits. Coup de bol, il est dispo. Un petit tour au marché pour le ravitaillement du petit déjeuner, puis nous dinons dans la guesthouse où nous retrouvons un couple de Hollandais avec qui nous avions sympathisé sur la route quelques jours avant.



Sur la route de Konglor, à 7h30

Mardi, après une bonne nuit réparatrice, nous prenons notre petit déjeuner dehors, nous filtrons nos 10 litres d'eau pour la rendre potable comme tous les jours, nous réservons le dortoir pour le lendemain soir car nous referons étape ici. En effet, nous prenons la route pour la Konglor Cave, censé être le site phare de la boucle, dont il faudra revenir ensuite avant de reprendre le chemin de Vientiane, la capitale. 7h30, c'est parti pour 40km de route plate, calme et belle sous le soleil. Nous arrivons à Konglor en fin de matinée après avoir passé les 5000km de pédalage ! Les 2 premières guesthouses auxquelles nous nous présentons sont complètes. La troisième sera la bonne et nous y lierons connaissance avec Marie et Théo qui voyagent en sac à dos à travers l'Asie. Nous déjeunons dans un petit restaurant qui affiche sans prétention : "best lao food", "if you don't like, you don't pay", "if you want more, it's free"...Bien sûr, après test, aucune des 3 affirmations n'est réelle dans les faits, mais le patron est fort sympathique et ça les vaut bien ! Nous y reviendrons le soir avec Marie et Théo d'ailleurs (en même temps Konglor est tel qu'il n'y a pas vraiment le choix) pour y passer une délicieuse soirée.

Extrémité nord de la Konglor Cave

Entre temps, nous filons visiter la fameuse grotte de Konglor de 7km de long ! Nous faisons l'aller retour en bateau, à la lampe frontale. Avec un petit arrêt dans la zone de la chambre des concrétions qui est éclairée. C'est vraiment impressionnant ce que la nature a fait là, et pour le coup elle aura eu raison du chauvinisme des enfants avec la grotte d'Osselle ! Une belle expérience qui ne nous fait pas regretter notre détour de 80km pour venir ici !



Mercredi, après un petit déjeuner sur la terrasse de la guesthouse face au paysage nous reprenons la route vers Na Hin. Cette fois, c'est Maxime qui mène le peloton ! Faire la route dans l'autre sens donne l'impression de faire une autre route. Nous rejoignons notre dortoir de 5 en fin de matinée.

Pique nique, ça faisait longtemps !

Nous pique-niquons avec des tomates, des concombres, du melon , des sandwichs au poisson séché (!!!), des beignets, des galettes de riz soufflé au caramel,...de quoi se recharger en énergie pour aller faire une bonne sieste ! Puis session de travail : Maxime apprend l'anglais avec une application qui s'appelle Duolingo et qui se présente sous forme de jeu vidéo avec toutes les astuces qui le rendent addictif, et ça marche ! Mais il fait également de la conjugaison et des maths sur son ardoise. Maëlle se fait des fiches et avance dans son programme avec de l'aide quand elle le demande, mais globalement avec sérieux et une grande autonomie. Quant à Célia, le programme de maths est bouclé à la grande satisfaction de Monsieur Pleutre son professeur multi-matières.


Après la souffrance, la récompense

Jeudi, nous terminons la Thakhek loop pour rejoindre l'autoroute vers Vientiane. La matinée est difficile, nous grimpons à froid une côte de 5km avec des portions à 20 - 25% dans du sable et au milieu des camions qui nous couvrent littéralement de poussière. Mais comme toujours, arrivés en haut et pour contredire Confucius, le bonheur est là qui nous attend avec un paysage à couper le souffle et un calme absolu. Nous les savourons, trempés de sueur et collants de poussière, mais un sourire aux lèvres et les yeux brillants ! Ensuite vient la descente, puis à l'image d'une pseudo-sinusoïde, la route s'aplatit progressivement jusqu'à rejoindre l'autoroute 13. L'autoroute au Laos, c'est une piste recouverte de bitume, avec de bons nids de poules et des portions en sable ou graviers, mais pas de marquages au sol. Après une traditionnelle soupe de nouilles, cette fois vietnamienne, nous roulons encore pour atteindre les 60km que nous nous sommes fixés. Nous arrivons dans le village de Nam Dua qui nous laisse le choix entre 2 guesthouses, toutes deux vraiment glauques. Nous choisissons celle où il y a quelqu'un pour nous accueillir...Si les chambres sont vraiment sales, nous avons baissé notre seuil de tolérance à celui des locaux qui n'ont clairement pas le même rapport à la poussière que nous, et ça se comprend vu la poussière engendrée ne serait-ce que par les routes. Et puis ça fait partie de l'aventure, et ça nous permet d'apprécier d'autant plus quand un endroit est propre ou que nous n'y sommes pas à l'étroit, ou des choses simples comme une fenêtre, une douche tiède, une évacuation de lavabo étanche...Et finalement nous passerons une super soirée : la charmante dame qui tient la guesthouse nous fait un bon repas de riz frit, nous offre une bière et est aux petits soins pour nous. Ses enfants et leurs amis viennent jouer aux cartes en buvant de la bière à côté de nous, et se prennent à tour de rôle en selfie avec Maxime, la mascotte officielle.



Maison Lao typique en bordure de route

Le vendredi, nous partons pour une étape indéterminée, qui se terminera finalement au bout de 70km à Paksane dans une guesthouse qui ne paie pas de mine, mais un peu plus entretenue que celle de la veille, tenue par un vieux Monsieur qui parle un peu de français. Il nous invite à cueillir les fruits de ses arbres, délicieux mais dont on ne connait toujours pas le nom, et nous indique un restaurant où manger le soir en nous précisant : "meilleur restaurant Laos, pas cher, pas cher". Ça va faire 2 fois dans la semaine qu'on mange dans le meilleur restaurant du Laos, à croire qu'il y a des gênes Marseillais qui se propagent au Laos. Le restaurant s'avèrera plutôt sympa, même si la Papaya salad "NO SPICY please", comme d'habitude, est méga épicée !!! Sur la route, nous avions pris pour notre consommation énergétique, de la canne à sucre épluchée et des bonbons de poissons du Mékong cuits et séchés avec de l'ail dans des feuilles de bananiers. Et le midi, comme bien souvent, soupe de nouilles dans un boui boui "plat unique". Au rayon culinaire, si on trouve de temps en temps du pain, il n'y a pas de fromage alors que le pays a été longtemps sous protectorat Français et qu'il y a nombre de chèvres et de vaches : on a raté un truc là...



Le soleil tape et la fatigue s'accumule pour tout le monde

Samedi, la fatigue se fait sentir. Cela fait 9 jours d'affilée que nous roulons sans pause, et l'étape est difficile pour tous. Au bout de 15km, Maxime chute dans une portion de graviers. Des petites contusions seulement et heureusement, et après une petite demi-heure de repos nous repartons avec l'idée de faire une petite étape pour nous requinquer. Nous roulons un peu moins de 50km et nous arrêtons dans une guesthouse indiquée sur aucune map à Phonsavan. Au calme, propre et spacieuse, après-midi repos, travail et courses avant de nous concocter un bon repas omelette / pâtes agrémenté de cacahuètes. Et pour bien finir la soirée, nous recevons une photo de notre crèche en bambou dans le restaurant du Slovaque à Don Det (Mama Thanon), prise par Marie et Théo qui avaient pour mission de vérifier qu'elle n'avait pas été liquidée : au contraire elle est bien en évidence sur un petit promontoir, c'est sympa !



La traditionnelle soupe de nouilles qui nous cale tous les midis !

Dimanche, il nous reste 100km pour atteindre Vientiane, la capitale du Laos où nous pensons nous poser 2 jours. Nous choisissons de faire une petite étape à nouveau pour récupérer. Comme tous les jours la première heure de route nous plonge au coeur de la vie locale, comme dans un film muet. C'est là que tout le monde fait ses courses, s'active dans une ambiance zen, que les enfants quittent le foyer pour aller à l'école et nous sommes spectateurs et acteurs de cette vie locale qui se joue dans la fraîcheur du jour levant et dans sa lumière si particulière...Nous roulons à peine 40km et nous trouvons sans difficulté une guesthouse sympa dans le village de Ban Hai. Soupe de nouilles traditionnelle à midi, riz frit le soir, du grand classique. Mais au delà de ce que nous mangeons, les repas sont de vrais bons moments partagés et ça c'est chouette ! Nous y parlons de ce que nous ressentons, nous débattons parfois, nous parlons d'actualités, nous nous projetons parfois...ce sont vraiment des moments privilégiés pour lesquels faire un tel voyage n'est pas nécessaire, mais dans notre cas ce voyage nous donne la disponibilité pour les apprécier pleinement. Après le dîner, nous rentrons nous coucher tôt afin d'être prêts pour la dernière étape d'une série de 11 jours consécutifs et de plus de 550km sans pause, notre record jusqu'ici.


Encore une fois merci pour vos messages qui nous font du bien et nous permettent de ne pas être complètement déconnectés !

Bloavez mad, leun a joa, a blijadur hag a brosperite hag ar baradoz e fin ho puhez !


Gilles

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