• Gilles

Semaine 20 : de Bo Thong (Thaïlande) à Siem Reap (Cambodge)


Quand on s'enfonce au Cambodge

Lundi 26 novembre, après une bonne nuit dans notre guesthouse de Bo Thong, le réveil sonne à 6h00. Nous prenons notre petit déjeuner qui se compose de pain de mie et de miel pour certains, et de pâtes aux crevettes ou au porc pour d'autres (à vous de deviner qui se range dans chaque catégorie, mais vous serez probablement surpris). A 7h30 nous quittons le site en prenant la décision de nous réveiller 1/2h plus tôt les prochains jours pour décoller à 7h00. En effet, la température montre très rapidement de 25 à 33°C et l'idéal est de faire le gros, voire la totalité de l'étape avant 11h. Les routes que nous prenons sont vraiment idéales pour le cyclotourisme et c'est ce que nous aurons à chacune de nos étapes en Thaïlande sur ce premier tronçon : beaucoup de virages, de montées - descentes courtes (ça limite l'ennui), peu de circulation, quelques pistes rouges sèches, des routes impeccables, un paysage verdoyant, de nombreux arbres pour nous procurer de l'ombre...

Stand de fruits en Thaïlande

Et en plus de cela, de nombreux petits villages avec autant d'échoppes proposant des fruits délicieusement juteux et sucrés, et toujours des sourires radieux qui succèdent à la timidité de nos interlocuteurs une fois le premier contact passé. Nous prendrons l'habitude, chaque jour de faire une pause collation vers 10h au cours de laquelle nous mangerons ananas, bananes, noix de coco, mangues ou durians.


Nous roulons donc tranquillement mais efficacement, repoussant avec confiance les assauts des chiens toujours aussi nombreux, mais finalement plus "grandes gueules" que réellement dangereux. Nous avons développé notre technique de meute à nous : chacun un bâton et lorsque les chiens se ruent sur nous, un cri ferme et un geste sans équivoque pour qu'ils comprennent que nous sommes déterminés nous aussi. Maëlle a même appliqué cette technique lorsque nous marchions, repoussant fermement l'assaut d'un chien sous les yeux admiratifs d'adolescents locaux. A noter que depuis que nous sommes passés au Cambodge, aucun chien ne nous a pris en grippe. Voilà pour le désormais classique chapitre "chiens d'ici et d'ailleurs"...

Nous croisons un couple de jeunes hollandais à vélo qui parcourent sur 2 ans Saïgon - Amsterdam. Nous en profitons pour échanger les plans d'hébergement respectifs de nos 2 dernières étapes car la région n'est vraiment pas touristique et les guesthouses se font rares.


Quand on est pris pour une mascotte

Lors d'une pause, un couple de jeunes amoureux Thaïlandais nous croise à scooter. Ils font demi tour pour que le jeune homme puisse faire une photo avec moi...j'ai l'impression d'être une grosse mascotte en peluche à la façon dont il se blottit contre moi ! C'est sûrement comme ça qu'il me voit du reste...Cet épisode se termine en séance photo familiale sympathique. Là, ces jeunes gens sont venus se prendre en photo avec nous, mais la plupart du temps les gens nous prennent en photo quand on passe, comme ce monsieur qui arrête son pick-up en haut d'une côte et qui nous mitraille sans nous demander notre avis, en plein effort et rouges de sueur...Je me demande ce qu'ils font de ces photos ensuite : peut-être qu'ils les montrent à leurs enfants quand ces derniers ont fait une bêtise ???

Quoiqu'il en soit, nous nous gardons bien de toute remarque afin de ne surtout pas faire "perdre la face" à ces gens. Ce concept est très ancré culturellement en Asie où "perdre la face" est une honte suprême. Nous nous servons de cela pour nous même, en essayant de prêter une attention particulière à nos propres réactions et à celles que nous provoquons. C'est plutôt enrichissant. Mais en même temps on se rend compte que la pression qu'ils se mettent avec cette histoire de "perdre la face" ne les aide pas toujours à garder leur sang froid. Là aussi, ça devient le jeu entre nous de faire remarquer à celui qui commence à s'énerver : "Ah !Tu es en train de perdre la face ! si si ! tu perds la face là !". Et bien sur le résultat premier est...qu'il perd la face...

Bon, trêve de digressions, nous arrivons à Khlong Takrao, village étape dans lequel nous trouvons une chambre que nous partageons tous les 5. Après une petite sieste pour certains, travail pour les enfants, puis nous partons au marché nous approvisionner pour le dîner que nous prenons ensuite vers 19h. C'est ce que nous ferons chaque soir en Thaïlande où chaque village a son marché sur lequel se côtoient grand nombre de stands de street food où tout est bon. C'est un petit peu plus difficile pour Maxou qui a encore un peu de mal à remplacer la margharita depuis l'Italie, mais il fait de sacrés efforts pour goûter tout ce que l'Asie a à lui offrir en terme de saveurs.


Mardi, nous nous levons suivant nos résolutions à 5h30 et décollons à 7h00 pour une étape de 70km. Nous visons le village de Khao Chakan dans lequel le couple de Hollandais rencontré la veille nous a conseillé un plan d'hébergement dans des autobus reconditionnés en chambres. Pour y parvenir, nous traversons la réserve naturelle de "Khao ang rue nai wildlife sanctuary". Nos hôtes de la veille nous ont mis en garde vis à vis des éléphants sauvages que l'on croise régulièrement dans la région et qui ont notamment piétiné un homme il y a moins de 2 semaines à quelques encablures d'ici (les gens sont plein de bonnes intentions vis à vis de notre sécurité, mais ils ne calculent pas trop l'impact psychologique de leurs histoires sur notre façon de vivre nos déplacements)...Bon, on se dit qu'à vélo sur une route, on sera plus rapide qu'eux de toute façon et on se met à rêver d'en voir (de loin). Mais en guise d'animaux sauvages, ce sont des singes que nous croiserons, nous faisant une haie d'honneur sur cette magnifique route qui traverse la réserve. Nous sommes dans un walt disney, c'est calme, c'est beau, il ne manque plus que les singes et les oiseaux se mettent à chanter en dansant.

Quelques singes à Khao Chakan

Mais ce n'est qu'un prémice, car lorsque nous arrivons à Khao Chakan, nous découvrons un temple et un quartier entier complètement squattés par les singes. Le nombre les rend plutôt impressionnants (il y en a des dizaines), surtout que nous sommes à pied désormais, et certains montreront les dents à Maxime et Célia ce qui nous poussera finalement à garder une certaine distance.


L'intérieur de notre bus

Après avoir pris possession d'un bus en guise de chambre, nous irons chercher un endroit où imprimer nos e-visas pour le Cambodge, puis faire un tour au marché comme d'habitude. Nous y déambulons lorsque les jeunes sortent de l'école et nous sommes amusés de voir comme les adolescents Thaï observent les 3 enfants avec étonnement et intérêt, peu habitués qu'ils sont à croiser des "grands blonds". Pour le coup, on ne croise pas un seul occidental depuis 4 jours.


Mercredi, nous repartons pour une étape de 50 km qui doit nous conduire aux portes de la frontière, à Aranyaprathet. En route, nous sommes interpellés depuis son jardin par Ulli, un Allemand qui vit ici avec Aree, sa femme Thaïlandaise, à venir boire un café dans sa demeure traditionnelle. Nous passons une petite heure à échanger et à se découvrir dans les grandes lignes, mais finalement de façon assez intime. C'est toujours un grand plaisir et un vrai cadeau d'avoir accès à ce concentré de vie avec les gens que nous rencontrons : le temps limité que nous avons, fait aller à l'essentiel sur qui nous sommes et ce qui nous anime. C'est riche.

Déjeuner en fin d'étape

Nous parvenons à Aranyaprathet après avoir déjeuné en bord de route dans une gargotte, comme tous les jours. Là aussi nous avons développé notre stratégie pour pallier aux difficultés de compréhension entre nous et les locaux : nous regardons avec les cuisinières les ingrédients à disposition, nous regardons ce qu'il y a dans les assiettes des autochtones, nous commandons 3 plats , et si c'est conforme et pas trop épicé nous commandons 2 de plus ! Le tout en portant une attention toute particulière à l'hygiène sous le commandement de la chef en la matière : Léna. Ici, il faut compter 1€ par personne pour manger un plat complet et nourrissant.

L'arrivée à la guesthouse qui jouxte le marché est assez folklorique : quasiment une heure pour faire comprendre à la dame qui réceptionne qui ne parle pas Anglais que nous ne souhaitons qu'une chambre pour 5, habitués que nous sommes désormais à nous entasser. Dessins, mimes, appel à un ami de la dame qui parle Anglais, tous les jokers seront utilisés pour finalement parvenir à nos fins.

Notre tour du jour au marché nous permettra de goûter des crêpes locales dans lesquels les Thaïs n'hésitent pas à mélanger sauce vanille, jambon, oreos, surimi et chocolat !!!


Jeudi, nous quittons la Thaïlande pour passer au Cambodge via le poste frontière de Poipet.

Le poste frontière et son indescriptible cohue

Ce poste frontière est réputé pour sa désorganisation, et par les nombreuses tentatives d'arnaques qui s'y opèrent. Nous y arrivons donc, excités de constater par nous même et à la fois méfiants des autochtones qui se proposeraient de nous apporter une aide quelconque. Comme quoi on se conditionne quand même plus facilement à être méfiant que confiant... Mais une fois encore, l'expérience nous montrera qu'il faut faire confiance : un premier type sorti de nulle part, avec un presqu'uniforme qui sent le faux nous interpelle et nous demande "departure ?". "Oui". "Ok, allez par ici"."Ben non c'est écrit par là, mais merci du conseil (petit sourire en coin du gars qui a déjoué l'arnaque)". "Non par là, c'est le marché, les véhicules c'est par ici". Bon bref, le type donnait le bon conseil qui nous permettait de tamponner notre passeport en moins de 2. Et heureusement qu'il était là, parce qu'on prenait le temps de bien observer les panneaux et les différentes indications, mais sans lui je pense qu'on se serait auto-emmanchés dans un gros piège.

Nous voici donc côté Cambodgien, où les douaniers en basket et souriants nous font vite passer sans écueil. Notons bien le terme "souriant" qui n'aurait jamais pu être employé comme qualificatif des douaniers Européens qui nous ont contrôlés. Donc en résumé, la frontière Thaïlande / Cambodge de Poipet : un joyeux bazar où les douaniers sont souriants et les gens plutôt aidants à bon escient. Ca me fait rire d'écrire ça, parce que vraiment tout ce qu'on a lu partout sur ce passage est à l'opposé de cette description : on doit avoir un énorme bol...


Sur la route au Cambodge, le mélange des genres est surprenant

Nous voici donc au Cambodge, et c'est parti pour rouler à nouveau à droite et côtoyer une foule de véhicules plus diversifiés qu'en Thaïlande. On recommence à voir des berlines là où il n'y avait que des pick up, et énormément de scooters dont certains sacrément bricolés. Les échoppes proprettes de street food ont fait place à des stands où se vendent des bouteilles de fuel pour les scooters et quelques noix de coco. Il y en a tous les 10 mètres. Et chaque stand est sponsorisé par une marque de bière et un opérateur de téléphonie mobile...

Le parti vous surveille...

Et tous les 10 stands environ une affiche aux couleurs du parti du peuple Cambodgien qui règne depuis 35 ans sur le pays qui rappelle le régime autoritaro-démocratique dans lequel est celui-ci...Donc nous allons en 3 étapes parcourir 150km sur une route plate, droite, vent et soleil de face, et apprendre à connaître par coeur les marques de bières, les opérateurs mobiles et LE parti politique. La route n'a pas le même charme que notre itinéraire de Thaïlande, mais pour le reste nous trouvons facilement où manger, où dormir (à Sisophon) et tout ça avec des sourires, toujours après une phase de timidité encore un peu plus marquée qu'en Thaïlande.


Vendredi, nous attaquons notre septième jour de vélo consécutif. La fatigue se fait sentir, mais nous décidons de maintenir le rythme : nous sommes à 100km de Siem Reap qui nous semble une ville propice à se poser.

A l'Inter English School

Sur la route, à Preah Netr Preah, nous sommes interpellés d'un geste par Sangheu Yan, un professeur d'Anglais qui anime une mini school d'une dizaine d'élèves de 8 à 10 ans dans des conditions plutôt sommaires. Il nous invite à entrer pour nous présenter ses élèves et leur donner l'opportunité de parler Anglais avec des "Barangs" comme disent les Khmers. Chaque élève se présente ainsi à nous et nous leur posons des questions du type "how are you today?" ou "what is your favourite color?"...Tout cela dans une ambiance détendue et souriante, nous visitons ensuite la classe, échangeons nos coordonnées puis poussons la chansonnette car il y a une guitare ! (la mienne étant retournée en France avec Papou et Mamy pour des questions de logistique et de poids). Un super moment qui nous redonne l'énergie qui nous manquait ce matin là à faire notre étape sous un soleil de plomb. Partout où nous passons au Cambodge, les enfants crient "Hello, Hello, Hello Barangs !" dès qu'ils nous voient, parfois de très loin. C'est sympathique, mais on se demande d'où vient ce réflexe acquis dès le plus jeune âge par chaque enfant du cru.

Nous arrivons à Kralanh, un village digne d'un western, traversé par la route nationale. Nous y dégoterons une carte SIM pour communiquer sans encombre et une guesthouse pour dormir.


Samedi, dernière étape avant de se poser. La route continue et ne change pas. Nous atteignons le fameux point des 4000km à vélo (hors transports bien sûr). Nous sommes fatigués et contents d'arriver à Siem Reap où nous avons pris contact avec Seyha, membre de la communauté Warmshower, qui nous accueille avec sa femme chez lui pour 3 jours.

Dîner avec Sehya et ses amis

Nous apprenons à nous connaître ce samedi et découvrons à quel point Seyha est engagé dans plusieurs causes : orphelinat de Siem Reap où il aide à l'éducation des jeunes, pasteur de l'église adventiste locale où il accompagne spirituellement de nombreux fidèles, ex-guide d'Angkor à vélo dont il se sert pour amener les jeunes à se dépasser, trouver du sens. Il invite quelques amis à dîner ce samedi et nous passons une belle soirée dans cet environnement très local !


Dimanche, nous visitons l'orphelinat et la ferme aux papillons "Butterfly paradise" qui ont été montés par un couple d'Australiens il y a 25 ans. Tout est fait pour accueillir les jeunes défavorisés dans un contexte où ils recevront amour et éducation pour pouvoir à nouveau s'envoler (d'où le nom du centre). Un studio multimédia y a été implanté et un magnifique jardin à papillons est en cours de finition afin d'ouvrir au public dans les prochains mois. Wendy, la dynamique créatrice du centre, nous fait visiter les lieux.

Bayon Pastry School

Ensuite, nous filons dans le centre de Siem Reap voir la ville. Le contraste avec les quartiers dans lesquels nous sommes hébergés est saisissant. Nous avions oublié que le tourisme existait aussi au Cambodge, mais Siem Reap nous le rappelle avec une concentration de Chinois, d'Européens et d'Australiens impressionnante dans ce centre ville flambant neuf. Nous passons notamment déguster de délicieuses pâtisseries françaises à l'école du Bayon !


Voici donc le récit de cette semaine dépaysante et sportive. Le moral est toujours au top pour tout le monde et nous mesurons tous les jours la chance que nous avons de faire ce voyage initiatique.


Merci encore pour vos encouragements et messages d'amitiés !

Bonne semaine et à bientôt !


Gilles



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