• Gilles

Semaine 12 : d'Ulcinj (Monténégro) à Vlorä (Albanie)


Vlorä en Albanie sous le soleil

Lundi, nous quittons Ulcinj et nous dirigeons vers la frontière Albanaise à une trentaine de kilomètres. Après une pause rapide pour le "casse-croûte" de 10h dans une boulangerie Monténégrine, nous passons la douane sans encombre, doublant du même coup avec une certaine satisfaction la file de voiture attendant le Sésame d'accès à l'Albanie. Cette nouvelle frontière nous inspire un grand débat philosophique : "Pour être douanier, faut-il être incapable de sourire ?", vous avez 2 heures...

Nous sommes en Albanie, et immédiatement la différence avec les pays de l'ex-Yougoslavie se fait sentir : l'état de la route se dégrade, nous croisons une charrette tirée par un cheval et des ânes bâtés au repos dans les champs comme s'ils avaient été mis là pour ne pas décevoir notre imagination. Les voitures semblent à contrario plus récentes et mieux entretenues, et effectivement les "car wash" se succèdent au bord de la route. Nous ressentons tout de suite la chaleur des Albanais en passant devant une école : les enfants accourent vers la route en nous faisant des grand signes et en criant "hello ! hello !", un grand sourire sur leurs visages. L'occasion pour nous de tester notre bonjour local : "përshëndetje" (à prononcer père-chêne-dette-yeah). Cette scène se répètera toute la semaine dès que nous croisons des jeunes. Les plus anciens nous saluent plus discrètement d'un signe de la main ou de la tête.

Nous arrivons à Shköder en début d'après-midi. Les rues grouillent de vélos dansant entre les voitures en défiant le code de la route, prenant les rues et les rond points en contresens. Nous dénotons malgré tout, touristes bien reconnaissables à nos casques et gilets haute visibilité. Si cette circulation anarchique nous impressionne, nous nous familiarisons rapidement avec les us et coutumes locaux : les cyclistes sont prioritaires et les conducteurs sont vraiment vigilants et bien moins pressés que dans les pays précédemment visités.

Autre changement notable : les chiens. Depuis notre départ, plus nous descendons vers le sud, plus les chiens sont nombreux. Mais ici, la ville est partagée avec les chiens qui, bien qu'errants pour la plupart sont vaccinés et marqués comme tel avec une puce jaune dans l'oreille. Au fil de notre traversée de l'Albanie, nous croiserons de plus en plus de chiens errants ou de ferme dont les réactions peuvent être assez variables à notre passage...Nous apprenons à dépasser notre appréhension tout en restant vigilant : lorsqu'un chien se montre agressif et court vers nous, nous descendons de vélo, utilisant celui-ci comme "bouclier" et continuons à avancer en tâchant de respirer sereinement sans croiser le regard du chien. Jusqu'ici ça fonctionne, et j'espère ne pas avoir à utiliser le reste de tube en cuivre qui reste à portée de main au dessus de mes bagages.


Notre camp chez Susan et Chuck

Après un petit tour en ville pour sentir l'ambiance, nous rejoignons l'appartement de Chuck et Susan, Américains retraités en Albanie, cyclovoyageurs et membres actifs de la communauté Warmshowers. Nous y sommes accueillis à bras ouverts et découvrons que d'autres voyageurs séjournent ici en même temps que nous : Gio, Daniela et Milan, Nath et Tino. Rapidement, chacun s'ouvre à l'autre et nous passons une soirée à refaire le monde autour d'un repas partagé avant de dormir dans notre camp établi sur la terrasse de l'appartement.


Mardi est une journée pluvieuse. Maëlle régale tout le monde en cuisinant des pancakes pour le petit déjeuner. Après un tour au marché couvert, nous restons au sec chez Susan et Chuck, où chacun vaque à ses occupations : jeux de société, dessin, lecture, travail, échanges d'anecdotes, philosophie...bref une ambiance de réunion de famille au sein d'une petite communauté éphémère regroupant 6 nationalités et 4 générations ! C'est vraiment une expérience super pour nous tous, y compris pour les enfants. Chacun exerce son Anglais, et l'ouverture qui anime nos hôtes et nos nouveaux compagnons crée des relations fortes en un temps record. Nous décidons de rouler tous ensemble le lendemain vers le Sud pour accompagner Gio qui doit prendre un ferry à Durrës.


Mercredi, 9 heures, nous quittons Susan et Chuck après de grandes embrassades. Nous roulons tous les 10, avec nos compagnons voyageurs sur la route nationale qui va vers Tirana. La route est en bon état, le vent est favorable et nous restons dans la vallée. Nous avalons les kilomètres, prenant même l'autoroute sur 15 km, jusqu'à l'embranchement Tirana - Durrës. Gio continue vers Dürres, suivi par nos autres amis qui préfèrent rejoindre le calme de la côte. Pour notre part, nous souhaitons voir Tirana avant de rejoindre l'adriatique. Après des au-revoir chaleureux, nous reprenons donc notre route jusqu'à Tirana. Je m'arrête chez un barbier à l'entrée de la ville pour demander du Wifi et trouver un endroit où loger. Nous trouverons un appartement au cinquième étage sans ascenseur d'un petit HLM "proche de toutes commodités".

En traversant Tirana, la circulation est dense et nous slalomons au milieu des voitures embouteillées. J'ai le malheur de toucher le rétroviseur d'un taxi avec mes sacoches arrières...le taxi m'arrête, hurlant en Albanais que j'ai cassé son rétro. Je lui remets en place, mais il me soutient qu'il n'est pas comme avant : il tente l'intimidation pour être dédommagé sous le regard de nombreux Albanais qui s'approchent. Je ne sais pas dire quel parti les locaux vont soutenir sur ce coup, mais je sens finalement des regards de soutien et le ton monte entre le taxi et ses compatriotes. Nous partons finalement tranquillement, soutenus par tous ces gens qui dressent leur pouce à notre passage : Nous sommes accueillis et en terrain ami.


Notre logement à Tirana

Nous arrivons à l'appartement après 93 km de vélo, mais le sport n'est pas terminé et il nous faut monter nos vélos et les bagages au cinquième étage. Les enfants, infatigables et incroyablement efficaces, sont au rendez vous pour ce dernier gros effort de la journée. Nous n'avons pas accompli notre challenge des 100km, mais finalement ça le vaut bien !


Nous restons une journée à Tirana, le jeudi, pour visiter la ville après avoir travaillé pour les enfants en début de matinée. C'est une ville surprenante, très animée, où l'histoire a marqué de son empreinte les constructions du centre ville. Encore ici, les contacts avec les gens sont très faciles et authentiques. Les femmes entre elles sont très attentionnées et tactiles : Léna se fera souvent toucher l'épaule avec affection par des femmes avec lesquelles elle aura l'occasion d'échanger. Les hommes quant à eux, s'ils peuvent paraître plus fermés, semblent attendre un signe d'ouverture pour s'ouvrir eux-même et sont en général très aidants et pragmatiques. C'est une caractéristique très forte des hommes des Balkans : la dureté qu'ils inspirent est à l'opposé de la générosité dont ils font souvent preuve.

A Tirana, nous apprenons sur le régime communiste de l'après guerre jusqu'à 1991 et sur sa chute en visitant longuement le Bunk Art. Nous vivons cette visite avec stupeur et compassion, ignorants que nous étions alors du régime et de ses impacts catastrophiques. Avec Léna, nous n'avons pas souvenir d'une forte médiatisation de la chute du régime en 1991 où il nous semble que l'espace médiatique était plus occupé par la guerre en Yougoslavie.

La journée se termine paisiblement par un bon repas préparé par Léna puis par un UNO « rapidité » (le jeu du voyage) dont je ne dévoilerai pas le classement pour ménager les susceptibilités (à commencer par la mienne...).


Notre rue de Golem, déserte

Le lendemain, Vendredi, nous quittons Tirana pour rejoindre la côte à Golem. Nous y avons trouvé un appartement pour moins de 4 euros par personne, là où depuis la Croatie nous dégotons des chambres à 5-6 euros par personne. L’étape n’est pas particulièrement longue, mais la route est très mauvaise, entre les innombrables nids de poule et les chemins en sable / gravier aux pentes abruptes. A Golem, nous dînons dans le restaurant qui jouxte notre chambre mais qui est fermé car la saison touristique est terminée. La dame qui tient l’établissement nous cuisinera malgré tout un bon repas tout simple et consistant pour moins de 3 euros par personne…Depuis que nous sommes en Albanie, nous n’avons pas rencontré un seul touriste, même à Tirana, en dehors de nos compagnons de voyage de Shköder. Cela donne un autre aspect à notre voyage et à la façon dont nous le vivons.


Samedi, nous quittons Golem vers 10 heures sans avoir préparé l’étape suivante précisément, pour 2 raisons : pas de Wifi, donc pas de communications, et l’envie de faire une étape d’aventure. Nous prenons la nationale vers le sud, l’équivalent de la voie expresse en France, une 2 x 2 voie fortement fréquentée. C’est autorisé en Albanie (enfin je crois…) et les automobilistes sont très vigilants. Sur cette route comme sur toutes nous sommes beaucoup klaxonnés, encouragés. Vous me direz, comment peut-on en être si sûr ? C’est peut être une façon de nous dire que l’on est inconscient de rouler sur cette route...Disons qu'à force on développe une certaine "capacité d'interprétation du Klaxon" (titre de mon prochain bouquin...), comme une mère développe sa capacité à identifier la raison des pleurs de son bébé : 1 coup long = "Mais qu'est que vous foutez !"; 1 coup court = "Attention les gars, serrez à droite, je vais devoir passer près...", plein de coups courts = "Allez les gars ! Bravo, surtout toi le petit !". Et en général on a des signes d'encouragement associés qui ne trompent pas.

Bref nous roulons, nous posons dans une petite patisserie de Lushinjë où nous mangeons pour moins d'1 euro par personne, puis reprenons la route jusqu'à ce que le vent se lève et nous ralentisse fortement, suivi par une pluie agressive. A l'écoute des signes qui nous entourent, nous interprétons cela comme un appel à l'arrêt...Trempés au bord de la nationale, nous improvisons un conseil de famille exceptionnel pour définir notre plan de bataille : juste derrière le rail de sécurité de la route, une vingtaine de dindons gambadent sur un terrain de foot désaffecté. Nous entreprenons un contact avec la population locale pour demander l'autorisation de planter notre camp au milieu des dindons.


Notre maison à Mbrostar

Nous avons à faire à une fermière locale, rapidement rejointe par plusieurs autochtones, des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes, ayant tous un avis sur notre "sort". Les discussions sont joyeuses et plusieurs possibilités se dessinent : le champs, mais ils aimeraient nous trouver quelque chose de plus abrité; l'école, ils entreprennent d'appeler le directeur; finalement un homme typique avec son air dur des balkans déboule sur son cyclo et s'enquiert de la situation à l'annonce de laquelle il répond par un air pensif d'intense réflexion. Il m'emmène sans un mot ni un sourire, voir une maison en construction sans portes ni fenêtres qui doit lui appartenir et nous propose d'en prendre possession pour la nuit. Banco ! tout le monde nous aide à acheminer notre matériel jusqu'à notre nouveau logement où nous bivouaquerons sereinement après avoir contemplé un double arc en ciel d'une puissance impressionnante.


Dimanche, après une nuit réparatrice, nous partons sous la pluie et rejoignons la ville de Fier à une dizaine de kilomètres. Là, nous trouvons du wifi et dégotons un endroit où s'arrêter en fin de journée à Vlora. Une cinquantaine de kilomètres plus tard, nous nous posons : travail pour les enfants, et préparation de la suite pour les parents...Nous resterons à Vlora une journée de plus, mais Célia vous racontera ça la semaine prochaine !


Au rayon fruits et légumes, nous nous délectons de kakis et de grenades,

Au rayon desserts, nous découvrons les pâtisseries locales nageant dans le sirop de sucre,

Au rayon animaux : des ânes, des chevaux, des chiens, des chats. Beaucoup d'animaux écrasés...même une carcasse d'âne encore fumante sur le bord de la route...


L'ambiance est au beau fixe, et le temps n'atteint pas notre cohésion. Pourvu que ça dure.

Merci pour votre fidélité et vos encouragements. Si quelque chose nous manque, c'est vous...


Et pour finir cet article : nous souhaitons un bon anniversaire à Gran Ma qui est dans nos pensées chaque jour de ce voyage !


Kenavo (Breton) ! Mirüpafshim (Albanais)!


Gilles

LE BLOG DE MAXOU :


Le drapeau de l'Albanie que j'ai fait

Le warmshower à Shkoder

Quand on est arrivé au warmshower, Chuck nous a accueilli, on pensait qu’il était tout seul alors qu’il y avait plein de personnes qui étaient en vélo.

Le soir on a mangé une salade de pâte avec concombre tomate mozza.

Le lendemain on est allé se promener dans les magasins de chaussures pour Célia.

Le lendemain Maëlle a fait des pancakes pour le petit déjeuner puis on a joué au phase 10.

J’ai adoré ces moments. FIN

MAXIME

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