• Gilles

Alors, ce voyage ?


Après 6 semaines de voyage et plus de 1500 km « avalés », quel est notre état d’esprit ? Ce voyage débute-t-il conformément à l’idée que nous nous en faisions ? Sujet par sujet, quelle est la situation ? C’est ce que je vais tâcher de relater avec ma vision du moment.


Nous roulons beaucoup, entre 4 et 7 heures par jour, 6 jours sur 8. J’appréhendais, au delà de nos capacités physiques, le fait de potentiellement s’ennuyer sur nos vélos. Mais étonnamment, non seulement nous avons envie, presque besoin de rouler maintenant, mais en plus chacun de nous semble apprécier de se retrouver dans ses pensées durant plusieurs heures quotidiennes. Nous parlons peu quand nous roulons, nous faisons des pauses tous les 15km environs, puis plus rapprochées lorsque la journée avance et que la fatigue générale se fait sentir.


Physiquement, chacun se renforce naturellement, nous le voyons et le sentons. Nous avons revu la distribution des charges de façon à homogénéiser au maximum l’effort ressenti par chacun.


Nous commençons à mieux nous écouter, à mieux accepter le fonctionnement différent de chacun et nos aspirations parfois toutes aussi différentes. Et cela passe par l’expression et l’écoute de ce que l’on ressent. C’est en soi un apprentissage fort qui servira à chacun.

La fatigue et l’inconnu nous rendent aussi plus tendus ou réactifs (à l’image des candidats de Koh Lanta vous voyez, même si nous sommes loin de ces conditions), et nous apprenons progressivement à comprendre et anticiper ces phénomènes.


Nous mangeons souvent et en quantité importante pour subvenir à nos besoins énergétiques que l’on ressent plus importants qu’à l’accoutumée : quasiment à chaque pause, des barres de céréales; Petit déjeuner copieux ; Pique nique le midi avec des légumes crus (carottes, concombres, tomates), des fruits (raisin, pommes, prunes, bananes…), du pain, du beurre, de la charcuterie et du fromage; Dîner chaud souvent à base de pâtes, de semoule, de riz. Nous n’avons pas de moyen de conserver les aliments au frais et nous sommes contraints par l’espace de stockage de nos sacoches, aussi nous faisons des courses quotidiennement ce qui prend du temps et nous contraint dans l’organisation.


Nous dormons correctement, bien que le confort soit rudimentaire, la fatigue de la journée aidant. Coucher entre 22 et 23 heures, lever entre 6h30 et 7h30 : le rythme est pris pour tout le monde. Jusqu’à ce week-end, nous n’avions jamais pris 2 jours de repos consécutifs. Mais nous le referons, car cela s’avère nécessaire compte tenu du rythme soutenu.


Nous avons traversé 3 pays, de cultures plutôt proches et pourtant bien différents :

  • la France nous a permis de prendre notre rythme dans un environnement « maîtrisé ». Nous y avons fait de belles rencontres, nous sommes endurcis physiquement et avons appris à nous organiser. Nous y avons également testé les différents modes d’hébergements : camping, bivouacs (ou camping sauvage), et chez l’habitant.

  • La Suisse nous a permis de découvrir de magnifiques paysages, un peuple à cheval sur les règles et qui tient à ce que les autres les respectent. Nous avons également rencontré de belles personnes, avons été surpris par ces langues et dialectes qui « divisent » le pays en mentalités presque différentes, et avons appris à endurcir notre mental au gré des ascensions montagneuses.

  • L’Italie par les petites routes avec ces architectures uniques, cette sacralisation de la famille qui rend les gens bienveillants à notre égard. Côté purement cycliste, ce n’est ni la France, ni la Suisse : les infrastructures sont quasiment inexistantes, mais la route se partage bien avec les automobiles sur les portions que nous avons faites. Côté hébergement, les campings sont peu nombreux et au prix de la Suisse (très chers), la propreté et les services en moins.

J’appréhende un peu plus la suite de notre voyage et notamment la Croatie pour l’aspect vallonné de la route et les retours d’expérience entendus assez peu flatteurs sur la conduite des automobilistes Croates et sur l’accueil général qui peut être fait aux cyclotouristes. Mais nous tâcherons de faire mentir ces bruits.


Je ne me sens plus en vacances : Nous sommes dans l’apprentissage d’un mode de vie différent, nomade et tourné vers l’inconnu. C’est à la fois grisant et fatiguant, mais jusqu’ici jamais trop stressant.


Nous apprenons à faire confiance : chaque fois que nous sommes dans une situation imprévisible, un évènement ou une rencontre s’est présenté à nous comme une solution. Nous en venons à ne plus définir où nous nous arrêtons le soir pour avoir la surprise ! D’autant que les réseaux warmshower et couchsurfing sur lesquels nous misions pour loger chez l’habitant s’avèrent relativement inefficaces pour 5, bien que le principe soit génial.


Le moral de chacun est au beau fixe, les meilleurs plaisirs sont les plus simples et nous nous réjouissons d’avoir la chance de pouvoir nous en rendre compte : une rencontre fortuite, une douche même froide après une grosse journée de chaleur, s’allonger, être ensemble, un plat de pâtes, une gorgée d’eau fraîche, une salutation au soleil matinale (merci Cathy!), un coucher de soleil, une biche qui croise notre route, le silence de la route…


Nous sommes simplement dans cette découverte, mais nous savons que nous passerons probablement par des moments de doutes qui ne se sont pas encore manifestés. Nous restons sur nos gardes.


Nous avons encore à caler notre rythme, car nous devons y incorporer les cours des enfants et jusqu’ici les journées sont plus que pleines : démontage du camp, courses, vélo, repas, recherche d’hébergement, montage du camp, mécanique des vélos, tenue site et blog, gestion énergétique des équipements, préparation des étapes suivantes, disponibilité pour nos hôtes,…

Cela passera probablement par une légère diminution des distances quotidiennes, en limitant le temps de route au début d’après-midi.


Encore un immense merci pour tous vos messages, vos attentions qui nous touchent énormément.

Je ne suis pas certain de réussir à maintenir une tenue du site aussi régulière que jusqu’à présent dans l’avenir, car c’est beaucoup de temps, mais nous ferons au mieux !

A bientôt,


Gilles.


Bonus : la vidéo de notre visite de Venise !



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